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Dans la continuité de ma série d'objections aux arguments qu'on donne à cette théorie insensée de « l'excuse de l'ignorance » pour le shirk akbar (polythéisme majeur), on va analyser l'argumentation avec la prosternation de Mu'âdh – qu'Allah l'agrée –...

Lorsque Mu'âdh est revenu du Châm, il s'est prosterné pour le prophète r. Le prophète r dit alors : « qu'est-ce cela ô Mu'âdh ?! » Mu'âdh répondit : «J'étais au Châm, et je les ai trouvés se prosterner pour leurs chefs et leurs guides, j'espérais dans mon for-intérieur le faire pour toi. » Le messager r a alors dit : « ne faites pas ça, si je devais ordonner à une personne de se prosterner pour autre qu'Allah, j'aurais ordonné à la femme de se prosterner pour son mari... »

Rapporté par Ibn Mâjah ( 1853 ), Ahmad dans son « musnad » ( 19403 ) et d'autres. Ce hadith est rapporté selon de nombreux compagnons. Voir aussi « irwä al-ghalîl » d'Al Albani ( 1998 ).

Les partisans de la théorie de « l'excuse de l'ignorance » disent que Mu'âdh s'est prosterné pour le prophète r (donc pour autre qu'Allah) par ignorance, et le prophète r l'a tout simplement informé qu'il n'avait pas à le faire, et ne l'a pas qualifié de mécréant. Mu'âdh a donc adoré autre qu'Allah par ignorance, prétendent les adeptes de « l'excuse de l'ignorance »...


--> Réponse à cette inférence :

Cette prosternation de Mu'âdh n'était pas un acte d'adoration, mais c'était une salutation, une forme de respect. Il est nécessaire de savoir qu'il existe deux types de prosternation ;

1. La prosternation d'adoration ( سجدة عبادة ).
2. La prosternation de salutation ( سجدة تحية ).

La prosternation d'adoration est, comme son nom l'indique, un acte d'adoration et doit être uniquement fait pour Allah ; le faire pour autre qu'Allah est polythéisme majeur.

La prosternation de salutation représente, quant à elle, une façon de saluer et d'exprimer un respect. Quand Allah ordonna aux anges de se prosterner pour Adam u, c'était de ça qu'il s'agissait (Allah n'a pas ordonné aux anges d'adorer un autre que Lui !!). La prosternation de Mu'âdh était aussi de cet ordre là.

Cette prosternation de salutation faite pour autre qu'Allah n'est pas polythéisme, mais c'est haram, sauf si, évidemment, Allah en donne l'ordre, comme lorsqu'Il ordonna aux anges de se prosterner pour Adam u.

Certains savants disent que ce type de prosternation était permis dans les Législations antérieures, et qu'il fut abrogé par la sharî'a du prophète Muhammad r.


- Ibn Kathîr dit dans son « tafssîr » commentant sourate Yusûf, verset 100 : « Cela était permis dans leur sharî'a. Lorsqu'ils saluaient le vieux, ils se prosternaient pour lui. Cela est resté permis depuis Adam jusqu'à la sharî'a de Yusûf – 'alayhi as-salâm – ; cela a été interdit dans notre communauté.» Fin de citation.

- Dans son « tafssîr » de sourate Al Baqara, verset 34, Al Qortobî dit que la majorité des savants sont d'avis que cela était permis jusqu'au temps du prophète Muhammad r.

- Al-Jaçâç le hanafite, dans « ahkâm al-qorân » ( 1 / 37-38 ), indique aussi que cela fut abrogé, disant : « sauf que la prosternation pour autre qu'Allah ta'âla par forme de respect et de salut est abrogée par ce qu'ont rapporté Aïcha, Jâber Ibn Abd Allah et Anas que le prophète r a dit : « il ne convient pas à un humain de se prosterner pour un autre humain. S'il convenait à un humain de se prosterner pour un humain, j'aurais ordonné à la femme qu'elle se prosterne pour son mari, vu l'importance du droit qu'il détient sur elle. »... » Fin de citation.


La prosternation de Mu'âdh au prophète Muhammad r n'était donc pas une adoration, mais était une façon de saluer et d'exprimer une forme de respect ; ça n'était pas une adoration vouée à autre qu'Allah.

Si quelqu'un demande : qu'est-ce qui prouve que cette prosternation de Mu'âdh était une salutation et non une adoration ?

La réponse : Ce qui prouve cela, c'est ce hadith que le prophète Muhammad r a dit à cette occasion, à savoir : « si je devais ordonner à un humain de se prosterner pour autre un autre humain, j'aurais ordonné à la femme qu'elle se prosterne pour son mari. »

Si le sujet de ce hadith était une adoration vouée à autre qu'Allah, ce hadith signifierai : si je devais ordonner à une personne d'adorer autre qu'Allah, j'aurais ordonné à la femme d'adorer son mari ( ! ).

Il signifierai aussi que l'époux mériterai d'être adoré à cause du droit qu'il détient sur son épouse ( ! ) ; comme si ce droit était près d'être un attribut qui nécessiterai l'adoration !

Il signifierai que si Allah devait avoir un associé, ce serai l'époux vu ce droit qu'il détient sur son épouse ( ! )

Tous ces sens sont purement vains !

Par exemple : les anges sont des créatures qui ne désobéissent jamais à Allah, comment l'époux, lui qui commet des péchés, voire des grands péchés, pourrait-il plus mériter d'être adoré que les anges ?

Selon les adeptes de cette argumentation, l'époux auteur de multiples péchés, mériterai plus d'être adoré que les anges et les prophètes !!

Le sens de ce hadith est donc : « si je devais ordonner à une personne d'exprimer son respect par la prosternation, j'aurais ordonné à femme de le faire pour son mari. »


Ici, une question se pose : dans ce cas, pourquoi l'époux mérite-t-il plus cette prosternation de salutation que les anges et les prophètes, notamment le prophète Muhammad r ?

La réponse est que l'époux la mérite plus que les anges et les prophètes, car les parties intimes de son épouse lui sont – à lui seul – « licites ». Dans l'une des version de ce hadith, après avoir dit que si on devait ordonner à un humain de se prosterner pour un autre qu'Allah, on aurait ordonné à la femme de le faire pour son mari, il est dit : «Par celui qui détient l'âme de Muhammad dans Sa Main, la femme ne donne pas le droit à son Seigneur, tant qu'elle ne donne pas le droit à son mari, et s'il l'invite (=au coït) alors qu'elle est sur sa monture, elle n'a pas à le refuser.»

Ce hadith a donc explicité pourquoi l'époux mériterai plus cette prosternation que le prophète r, si elle était autorisée. C'est parce que les parties intimes de sa femme lui sont « autorisées », ce qui n'est pas le cas pour les prophètes et les anges.

Cela vient confirmer ce que l'imam Ibn Al Qayyim, dans son « hâdî al-arwâh », rapporte de son Sheikh, Sheikh Al Islam Ibn Taymiyya : « Nul n'argue avec un verset ou un hadith sahîh pour justifier son erreur sans que cet argument contienne ce qui réfute ses propos. »

Avancer ce hadith (la prosternation de Mu'âdh) comme étant un argument prouvant que le polythéisme est excusé s'il est commis par ignorance est donc une démarche foncièrement déplacée et complètement hors sujet. Allah est plus savant.

Voici le premier numéro de cette série: réfutation à l'argumentation avec dhât anwât:

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2016/04/reponses-aux-arguments-de-l-excuse-de-l-ignorance-dhat-anwat.html

Tag(s) : #Réponses aux arguments

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